Proposition de loi pour la moralisation de la vie bancaire

Signez cet appel pour couper les banques en deux et interpellez vos élus !

 

Foire aux questions

Pourquoi cette initiative maintenant ? La croissance n’est-elle pas de retour ?

On nous ment. Comme le démontre le naufrage des banques italiennes, depuis 2008, rien n’a été fait de substantiel pour réduire le risque d’une grande crise bancaire et, à part Madoff, aucun banquier n’a été poursuivi au pénal. Les conflits d’intérêts demeurent. Les agences de notation continuent à être grassement rémunérées par les banques d’affaires pour accoler la note AAA aux titres de leurs clients. Le résultat, c’est qu’aujourd’hui, dans la zone transatlantique, les conditions d’un krach systémique sont de nouveau réunies. En apparence, tout semble gérable. Cependant, comme des alligators attendant tranquillement l’arrivée de quelques touristes dans un lac paisible, une série de bulles financières risquent d’éclater à tout moment : le shadow-banking, les dérivés, la titrisation, les obligations, le numérique et la dette d’entreprise.

Rien que le shadow-banking, cette finance de l’ombre, totalement spéculative et quasiment pas régulée, dont Alain Juppé ignorait jusqu’au nom, représentait déjà 92 000 milliards de dollars fin 2015, soit bien plus que le PIB mondial (75 600 milliards de dollars). Sur cette somme colossale, les deux tiers (77 000 milliards de dollars) sont des fonds gérés par des gestionnaires d’actifs, c'est-à-dire des capitaux présentant un risque de retrait massif et soudain.

Ensuite, la bulle des dérivés. Aux Etats-Unis, dans un article intitulé « Pourquoi Wall Street devrait être vu comme une menace majeure à la sécurité nationale », les analystes Pam et Russ Martens pointent du doigt le fait que 89 % des produits dérivés financiers aux Etats-Unis sont détenus par seulement quatre méga-banques ! Depuis 2008, les avoirs en dérivés de Citigroup sont passés de 41 300 à 54 800 milliards de dollars. N’est-il pas effrayant de constater qu’à elle seule, cette banque américaine « détient l’équivalent de 72 % du PIB mondial en dérivés » ?

Comment expliquer, dès lors, qu’Emmanuel Macron ait envoyé Bruno Le Maire à New York pour courtiser cette finance ?

Celui-ci a même transmis une lettre personnelle, signée du nouveau président français, à chaque patron du gotha de Wall Street qu'il a rencontré (BlackRock, KKR, JP Morgan notamment). Avant de partir, le ministre a déclaré : « Aux dirigeants américains, je vais leur dire : voilà, la France a changé, elle vous accueille, n’ayez plus d’inquiétudes sur le droit du travail français, n’ayez plus d’inquiétudes sur l’instabilité fiscale française. » Sur place il a renchéri : « La finance n'est plus notre ennemi. Nous sommes prêts à faire ce qui est nécessaire pour rendre la France plus attractive, que ce soit en matière sociale ou fiscale (…) Attirer les grandes banques des Etats-Unis à Paris plutôt que de les laisser s’installer à Londres, Dublin, Amsterdam ou Francfort, c’est créer des emplois en France, ramener de la richesse en France. »

La réforme du droit du travail est vue comme une avancée nécessaire par les entreprises américaines qui n’aiment pas l’incertitude sur le coût du licenciement. Une baisse à 25 % du taux de l'impôt sur les sociétés d'ici à 2022 fait également figure d'arme de séduction.

Cependant, ceux qui espèrent profiter du Brexit et de l’inévitable perte par la finance londonienne du « passeport européen » – qui va l’obliger à s’implanter dans des pays du marché unique européen – pour faire de Paris une nouvelle City de Londres, se trompent lourdement. D’abord parce que la concurrence sera sans merci, notamment avec Dublin, un quasi-paradis fiscal. Ensuite parce que l’on n’investit pas dans l’économie réelle : il n’a jamais été prouvé qu’en invitant la noblesse à ripailler chez vous, les miettes qu’elle vous laissera seront plus grosses… Aujourd’hui, Londres respire certes l’opulence, mais l’Angleterre est en déclin. En témoigne le succès des travaillistes. Enfin et surtout, parce que, comme nous venons de le voir, Londres incarne précisément le risque systémique qu’il faut combattre. Lors de son discours du Bourget, Hollande avait évoqué cette nécessaire séparation bancaire tout en faisant adopter sans tarder la loi Moscovici qui, en cantonnant moins d’un pourcent des activités très risquées dans une simple filiale, ne nous protègera nullement.

Ce que propose au contraire S&P, c’est que la France prenne le leadership mondial de la moralisation de la vie bancaire. Et moralité mise à part, il est indiscutable que lors de la prochaine grande secousse, l’argent, l’épargne, les dépôts et même les grandes fortunes fuiront les banques « universelles » pour aller se réfugier là où les banques les mettront hermétiquement à l’abri du danger. En coupant les banques en deux en France et en imposant cette règle à toute banque opérant sur notre territoire, comme le stipule l’article 2 de notre proposition de loi, notre pays deviendrait le canot de sauvetage du Titanic financier actuel. Rappelons par ailleurs que si la France s’y refuse, d’autres s’y préparent, notamment l’administration américaine. Donald Trump a annoncé à plusieurs reprises qu’il envisage une sorte de « Glass-Steagall du XXIe siècle », sans toutefois en définir le contenu. Son entourage est divisé sur la question, mais le sujet est sur la table.

Comme le rappelle l’ancienne banquière de Goldman Sachs Nomi Prins dans sa lettre ouverte au président Trump, Obama s’est montré aussi peu convaincu que Hollande sur l’utilité d’une séparation bancaire, alléguant que les deux banques au cœur de la crise de 2008, Northern Rock et Lehman Brothers, étaient l’une, une banque de détail, l’autre une banque d’affaires, chacune avec des activités assez distinctes, alors que les grandes banques « universelles » avaient mieux résisté à la tempête.

Dire cela est faire preuve d’une grande malhonnêteté intellectuelle. Les deux banques liquidées avaient toutes deux acheté et vendu les produits hautement toxiques que leur fournissaient les grandes banques systémiques. C’est pour sauver AIG, le premier assureur mondial, et du même coup la Société générale française et la Deutsche Bank, à qui AIG devait de l’argent, qu’on a sacrifié les brebis galeuses. Contrôlant aussi bien les dépôts de millions de citoyens que le système de paiement qui permet à l’économie de fonctionner au jour du jour, les méga banques ont pu prendre nos gouvernements en otage, les forçant à injecter des milliards d’euros pour secourir leur système. Rien qu’entre 2008 et décembre 2011, les Etats de l’UE ont dû mobiliser 1600 milliards d’euros pour colmater les brèches, soit 13 % de leur PIB, et autant d’argent en moins pour l’école, la santé, l’éducation, l’innovation et les infrastructures.

La séparation que vous préconisez engendrera sans doute un surcoût pour les banques. Elles disposeront donc de moins d’argent pour financer l’économie réelle et seront moins compétitives au niveau international…

En effet, elles tireront sans doute moins de profit financier de la spéculation. Cependant, dire qu’elles financeront moins l’économie réelle dans laquelle elles investissent déjà trop peu, c’est se moquer du monde. Précisons que parallèlement à la mise en place de cette séparation bancaire, S&P préconise le retour à un système de « banques de la nation » capables d’émettre du « crédit productif public ». Il s’agit, notamment pour les grands programmes d’équipement (ports, routes, voies ferrées, canaux, etc.), d’avances au Trésor à 0 %, comme cela se faisait avant 1973.

Comment réagissent les élus ?

L’initiative ne fait que démarrer. Beaucoup y sont favorables. Cependant, notre pire ennemi, c’est l’attentisme de nos élites. Un sénateur important a répondu à un de nos sympathisants : « Je partage votre point de vue, mais à moins d’un krach ou d’une révolte, on n’a aucune chance  de faire bouger les choses. » Je répondrai que les krachs, les banques s’en occupent ; la révolte, c’est à nous de l’organiser et de la conduire à bon port.

À vous de jouer !

 

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